Bande-annonce

Rites de femmes

La vie des femmes est parsemée de changements et de transformations physiques et psychologiques. Celle des femmes est notamment marquée par trois grands passages : avec leurs règles, les jeunes filles se transforment en femmes, elles peuvent devenir mères en accouchant puis femmes de savoir avec la ménopause. La série se propose d’explorer chacun de ces passages en trois épisodes.

Marion ValadierRéalisatrice

La lune, les fraises et les anglais

Même si ces derniers temps, les règles font de plus en plus la une de certains journaux (Courrier International, le Monde,…) il n’en reste pas moins que cela reste un sujet délicat, sensible. Si mon film est résolument engagé, je vais néanmoins utiliser l’humour pour permettre au spectateur de pouvoir prendre du recul, d’exprimer sa gêne ou sa nervosité, de se questionner, de dédramatiser.

Le sujet pourtant n’est pourtant pas si joyeux de premier abord. Menée par l’entreprise américaine de protections hygiéniques Thinx, une enquête révèle que les femmes sont nombreuses à ressentir un profond sentiment de gêne au moment de leurs règles : 73% d’entre elles disent cacher leurs protections intimes lorsqu’elles vont aux toilettes et 70% ont déjà demandé à une amie de marcher derrière elles pour vérifier que leurs vêtements n’étaient pas tâchés. 29% des sondées expliquent enfin ne pas avouer pourquoi elles annulent une sortie, une séance de sport ou autre lorsqu’elles sont indisposées.

D’où provient ce malaise ? Du côté de la gent masculine, plus de la moitié des hommes interrogés par la même enquête américaine jugent inapproprié que leurs collègues mentionnent ouvertement leurs règles au bureau. Tandis que 44% avouent faire des blagues sur la supposée mauvaise humeur de leur compagne en période de menstruation.

Pour reprendre les mots de la journaliste Elise Thiébaut (auteure du livre Ceci est mon sang) : “Lors de nos premières règles, on nous dit ‘Ça y est, tu es une femme’, puis il faut immédiatement les cacher. Comment estimer l’impact sur soi quand ce qui fait de vous une femme est censé vous faire honte pendant 40 ans ?”

Photo de Marion Valadier : Maryline Gourdeau, accompagnante et thérapeute féminine

J’ai découvert qu’il existait encore dans les années 80 une tradition en France où les jeunes filles recevaient une claque de leurs parents au moment où elles confiaient avoir eu leurs règles. Cette gifle, sensée représenter la dernière claque de leur enfance, symbolisait ainsi le passage de fille à jeune fille. Mais comment garder par la suite un rapport sain à ses règles ? Qu’elles soient douloureuses, accompagnées de migraines, de crampes, abondantes, qu’elles soient anecdotiques, légères, avec des cycles courts ou longs, la question n’est pas de savoir si nous aimons ou pas avoir nos règles. C’est physiologique, nous les avons et nous devons vivre avec. Alors pourquoi tant de honte, tant de gêne ? Pourquoi les femmes doivent accepter leur douleurs et faire, comme si rien n’était ?

Le sang menstruel a longtemps été diabolisé par les hommes, il valait mieux s’en cacher. En 1920, pas si loin de nous, le docteur Béla Schick élaborait la théorie des ménotoxines : les femmes indisposées produisaient selon lui des sécrétions nocives capables de faire pourrir les végétaux autour d’elles. Les légendes urbaines ont prêté de nombreuses vertus et tares au sang menstruel : la capacité d’aigrir la bière et le vin, de faire tourner le lait et la mayonnaise, de gâter les conserves, et même de servir d’insecticide puisqu’on envoyait encore au début du XXe siècle en Anjou les femmes menstruées courir dans les champs de choux pour exterminer les chenilles.

Photo de Marion Valadier : Marie Pénélope Péres, accompagnante et thérapeute féminine

En niant nos règles (ou en les supprimant) c’est notre biologie de femmes que nous rejetons. A mon sens, ceci découle ou s’imbrique avec l’inégalité des genres qui est encore bien installée comme le prouvent les différences salariales toujours d’actualités en 2019. Selon une thèse de l’anthropologue Alain Testart, “ce serait […] l’interdiction symbolique de mélanger les sangs (sang menstruel et sang jaillissant)” qui aurait pu mener à la division sexuelle du travail. Les activités des femmes, ne pouvant pas utiliser les armes qui font couler du sang, consistaient alors à tisser, à fabriquer des poteries ou à confectionner des paniers tandis que les hommes travaillaient donc à l’extérieur (chasse, pêche) et avec les matières dures (métal, bois, pierre). Si nous étions des hommes, est-ce que des recherches auraient été déjà faites pour mieux nous accompagner ? Est-ce que la société aurait été construite pour nous soutenir dans nos cycles ? Est-ce que nous accepterions nos règles sans devoir les cacher, sans faire comme si elles n’existaient pas ?

J’ai découvert qu’il existe en France des femmes qui organisent des rituels autours des premières règles. Qu’il existe de multiples manières de vivre ces rituels, de les créer et de les transmettre. Le mot rituel lui-même est un mot assez fort. Pourtant nous avons tous au moins une fois soufflé les bougies d’un gâteau d’anniversaire. Rituel perpétué qui marque le passage des années, de notre évolution, de notre développement.

Ce premier épisode propose d’explorer les tabous et les possibilités de célébrer les premières règles en accompagnant 5 mères et filles dans un huis-clos intime en compagnie d’Efféa Aguiléra, de Marie Pénélope Péres et de Maryline Gourdeau, toutes trois accompagnantes et thérapeutes féminines.

Photo de Nathalie Frennet : Efféa Aguiléra, accompagnante et thérapeute féminine

Production : Alexandre Poulteau
alexandre@filrougedoc.com

Réalisation : Marion Valadier
marion@filrougedoc.com

Date de sortie prévue : automne 2020